Cabordes et murgers
De l'extraction à la construction
Autrefois, il existait des carrières d'extraction et de taille de pierres qui faisaient vivre une partie des habitants vivant dans les reculées. Voici quelques souvenirs du début du siècle transmis par André Lacroix, habitant de Château-Chalon : « Jadis, la plus grande entreprise si l'on peut dire, fut l'exploitation des carrières au lieu-dit "la Vie de Blois", qui à l'époque employait une dizaine de personnes à temps plein et, occasionnellement, faisait vivre un cinquième de la population. Dans la carrière "en Beauregard", un tailleur embauchait les jeunes pour l'aider à charger les laves - dites "lauzes" - sur sa charrette et réparer les toitures du pays. Mais il n'y avait pas de pierre de taille comme à « la Vie de Blois » : les lits des rochers étaient beaucoup trop minces. Le tailleur était très fier du son de ses laves, et il disait aux jeunes: «Je vais vous faire entendre ma cloche. Vous entendez ?! Elle sonne aussi beau que celles de l'église !» Il existait aussi une carrière importante à Lavigny et une carrière de tuf à Blois-sur-Seille.
Les pierres calcaires issues de l'épierrage des champs servaient à édifier toutes sortes de constructions en pierre sèche par simple juxtaposition, sans utilisation de liant. Les principales sont les suivantes : cabanes de bergers, dites "cabordes", et mûrs en pierres sèches.
Les Cabordes
Les cabordes sont ces abris, cabanes de berger, en pierres sèches, souvent inserrées dans les murgers. On les trouve dans les pâturages où la roche affleure : reculées et premier plateau (plus de 300 édifices recensés). Chaque cabane, occupant environ 2 m² de surface, possède ses propres caractéristiques. La forme des voûtes peut être en arc brisé, en coupole, en battière, en droit. Toutefois, la plupart d'entre elles sont construites en arc brisé avec des laves (lauzes). Depuis plus d'une vingtaine d'années, des efforts de préservation sont menés en faveur des cabordes et autres constructions en pierres sèches. Certaines ont été restaurées ou reconstruites. Elles n'ont bien sûr plus d'utilité, mais elles font partie de l'identité locale. Les habitants gardent d'ailleurs de nombreux souvenirs de ces cabanes comme abris, terrains de jeux, lieux de rendez-vous d'amoureux... Aujourd'hui, 60% des cabanes sont en bon état et des mesures territoriales d'aide à l'entretien participent à leur préservation. À Granges-sur-Baume, elles sont mises en valeur par une intégration dans un sentier thématique.
Les Murgers
Les murgers désignent les murs de pierres sèches délimitant les parcelles des pâturages. Leur origine remonte au Moyen-Âge. Ces murs sont en partie montés à partir de pierres ayant résisté à l'épreuve du temps, trouvées à la surface, en partie à partir de pierres taillées (les laves). De grandes pierres servent pour la base. Puis, le mur est monté sur le principe de construction suivant : une pierre sur un interstice, un interstice sur une pierre. Des cailloutis comblent ensuite les vides intérieurs. Des pierres de liaison disposées en largeur (boutisses) assurent à chaque mètre la stabilité de l'ensemble. Enfin, des pierres de couverture sont posées à plat ou sur la tranche.
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